Les IUFM à l'Université
Article paru dans lemonde.fr du 15 Janvier :
Les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), créés en 1990, vont changer de statut. Un arrêté du ministre de l'éducation, publié le 28 décembre 2006, a donné, discrètement, le signal d'une mutation importante de la formation initiale des maîtres. Comme prévu par la loi Fillon sur l'avenir de l'école, les IUFM vont entrer dans le giron de l'Université. La formation des enseignants devra respecter un nouveau "cahier des charges", assorti d'un "référentiel" des compétences nécessaires à l'exercice du métier. La formation fera l'objet d'un cadrage national et la part des stages sera augmentée. Enfin, juridiquement, les instituts ne seront plus des établissements autonomes. Des négociations sont en cours avec les directeurs d'IUFM, eux-mêmes des universitaires, mais qui souhaitent conserver une part de leur autonomie dans le nouveau dispositif. Deux des 31 instituts ont, au moins sur le papier, accepté de se placer sous la tutelle d'une université dont ils deviennent, selon l'appellation en usage au ministère, une "école interne". L'IUFM de Versailles a intégré l'université de Cergy-Pontoise, celui d'Aix-Marseille, celle d'Aix-Marseille-I. L'intégration doit être achevée d'ici au 1er janvier 2008.
Il peut sembler paradoxal de présenter comme une réforme l'intégration à l'Université d'établissements "universitaires". En réalité, les IUFM disposent actuellement d'une personnalité juridique, d'un conseil d'administration et de personnels qui leur sont propres, bref, d'une autonomie à laquelle les inspirateurs de la réforme ont voulu mettre un terme. Cette volonté renvoie à la querelle qui oppose, depuis plus de vingt ans, tenants et adversaires d'une approche pédagogique de la formation des maîtres, dont les IUFM seraient le temple et les sciences de l'éducation l'outil très contesté. Dès leur création par Lionel Jospin, les IUFM avaient cristallisé l'opprobre des tenants d'une stricte orthodoxie disciplinaire de l'enseignement. Et l'enjeu démographique avait amplifié la querelle.
Au début des années 1990, les générations très nombreuses d'enseignants issus du baby-boom approchant de la retraite, leur renouvellement avait été perçu comme une chance historique par les tenants de la "professionnalisation" du métier d'enseignant. Cette mutation n'est pas achevée : d'ici à 2011, un enseignant sur cinq partira à la retraite et devra être remplacé.
Le débat sur la formation des maîtres et l'avenir des IUFM ne recouvre pas un clivage gauche-droite. Comme sur la plupart des sujets liés à l'éducation, le PS est, aujourd'hui, divisé sur la question. D'où le grand flou du "projet" socialiste pour 2007, qui propose de "revoir les conditions d'accès aux métiers d'enseignant en rétablissant le prérecrutement et en améliorant la formation initiale des enseignants". A droite, l'idée de placer les IUFM sous la coupe des universités s'est majoritairement imposée.
Les IUFM forment sur deux ans, à la fois les enseignants du premier degré, dont le recrutement est académique, et ceux du secondaire, dont les concours de recrutement sont nationaux. En deuxième année, une fois reçus au concours, les futurs enseignants deviennent des fonctionnaires stagiaires de l'éducation nationale. Même niveau de formation pour tous (la licence), même rémunération de début de carrière, même lieu de formation : tel était l'esprit de la réforme de 1990.
La plupart des IUFM sont répartis sur plusieurs sites (six sites principaux, par exemple, pour celui de Créteil), mais les locaux des anciennes écoles normales d'instituteurs forment l'essentiel des infrastructures. Même éclatement du côté des enseignants : se côtoient, au sein des IUFM, universitaires, enseignants du primaire et du secondaire, anciens professeurs d'écoles normales d'instituteurs. Le reproche qui leur est souvent adressé est d'avoir perdu le contact avec le "terrain", autrement dit les classes et les élèves. Si l'on en juge par les consultations menées avec les personnels des IUFM par Gilles de Robien, à partir d'octobre 2005, l'intégration aux universités ne sera pas, techniquement, une mince affaire, surtout en termes de gestion des personnels.
Finalement, même si son application est transférée aux universités, l'idée fondatrice des IUFM demeure : la formation des maîtres est une entreprise spécifique, distincte de la maîtrise des savoirs académiques.
Les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), créés en 1990, vont changer de statut. Un arrêté du ministre de l'éducation, publié le 28 décembre 2006, a donné, discrètement, le signal d'une mutation importante de la formation initiale des maîtres. Comme prévu par la loi Fillon sur l'avenir de l'école, les IUFM vont entrer dans le giron de l'Université. La formation des enseignants devra respecter un nouveau "cahier des charges", assorti d'un "référentiel" des compétences nécessaires à l'exercice du métier. La formation fera l'objet d'un cadrage national et la part des stages sera augmentée. Enfin, juridiquement, les instituts ne seront plus des établissements autonomes. Des négociations sont en cours avec les directeurs d'IUFM, eux-mêmes des universitaires, mais qui souhaitent conserver une part de leur autonomie dans le nouveau dispositif. Deux des 31 instituts ont, au moins sur le papier, accepté de se placer sous la tutelle d'une université dont ils deviennent, selon l'appellation en usage au ministère, une "école interne". L'IUFM de Versailles a intégré l'université de Cergy-Pontoise, celui d'Aix-Marseille, celle d'Aix-Marseille-I. L'intégration doit être achevée d'ici au 1er janvier 2008.
Il peut sembler paradoxal de présenter comme une réforme l'intégration à l'Université d'établissements "universitaires". En réalité, les IUFM disposent actuellement d'une personnalité juridique, d'un conseil d'administration et de personnels qui leur sont propres, bref, d'une autonomie à laquelle les inspirateurs de la réforme ont voulu mettre un terme. Cette volonté renvoie à la querelle qui oppose, depuis plus de vingt ans, tenants et adversaires d'une approche pédagogique de la formation des maîtres, dont les IUFM seraient le temple et les sciences de l'éducation l'outil très contesté. Dès leur création par Lionel Jospin, les IUFM avaient cristallisé l'opprobre des tenants d'une stricte orthodoxie disciplinaire de l'enseignement. Et l'enjeu démographique avait amplifié la querelle.
Au début des années 1990, les générations très nombreuses d'enseignants issus du baby-boom approchant de la retraite, leur renouvellement avait été perçu comme une chance historique par les tenants de la "professionnalisation" du métier d'enseignant. Cette mutation n'est pas achevée : d'ici à 2011, un enseignant sur cinq partira à la retraite et devra être remplacé.
Le débat sur la formation des maîtres et l'avenir des IUFM ne recouvre pas un clivage gauche-droite. Comme sur la plupart des sujets liés à l'éducation, le PS est, aujourd'hui, divisé sur la question. D'où le grand flou du "projet" socialiste pour 2007, qui propose de "revoir les conditions d'accès aux métiers d'enseignant en rétablissant le prérecrutement et en améliorant la formation initiale des enseignants". A droite, l'idée de placer les IUFM sous la coupe des universités s'est majoritairement imposée.
Les IUFM forment sur deux ans, à la fois les enseignants du premier degré, dont le recrutement est académique, et ceux du secondaire, dont les concours de recrutement sont nationaux. En deuxième année, une fois reçus au concours, les futurs enseignants deviennent des fonctionnaires stagiaires de l'éducation nationale. Même niveau de formation pour tous (la licence), même rémunération de début de carrière, même lieu de formation : tel était l'esprit de la réforme de 1990.
La plupart des IUFM sont répartis sur plusieurs sites (six sites principaux, par exemple, pour celui de Créteil), mais les locaux des anciennes écoles normales d'instituteurs forment l'essentiel des infrastructures. Même éclatement du côté des enseignants : se côtoient, au sein des IUFM, universitaires, enseignants du primaire et du secondaire, anciens professeurs d'écoles normales d'instituteurs. Le reproche qui leur est souvent adressé est d'avoir perdu le contact avec le "terrain", autrement dit les classes et les élèves. Si l'on en juge par les consultations menées avec les personnels des IUFM par Gilles de Robien, à partir d'octobre 2005, l'intégration aux universités ne sera pas, techniquement, une mince affaire, surtout en termes de gestion des personnels.
Finalement, même si son application est transférée aux universités, l'idée fondatrice des IUFM demeure : la formation des maîtres est une entreprise spécifique, distincte de la maîtrise des savoirs académiques.
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